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Chenaillet, l'ophiolite obduite Chenaillet… les roches vertes depuis le XVIII siècle… Extrait de « Étude pétrographique du Massif du Chenaillet (Laszlo Pusztaszeri – Université de Genève) Grenoble 1781 : le naturaliste Faujas de Saint Fond signale dans son « Histoire naturelle du Dauphiné » la présence d'une roche variolitique dans le lit de la Durance. Valmont de Bornare découvre de « l'argent natif » dans un échantillon de variolite. Paris 1786 : Buffon dans son « Histoire naturelle des minéraux», mentionne le « Mont Genèvre » comme étant le gisement typique de la variolite. Fournet dans le mémoire « Sur la géologie des Alpes entre le Valais et la Durance », décrit les roches du massif du Chenaillet. Élie de Beaumont constitue une collection de roches typiques du Mont-Genèvre que Delesse, en 1848, décrit. Cet auteur présente des hypothèses sur les relations entre les roches vertes : serpentinite, gabbro, diabase. 1861 : C Lory conduit une excursion de la Société Géologique de France dans la zone comprise entre le col du Gondran et le Chenaillet. 1874 : Inostranzev réalise la première description en lame mince qu'il présente à Saint-Pétersbourg. 1877 : Michel Lévy complète par des analyses chimiques son étude pétrographique de la variolite. 1890 : Cole et Grégory publient un mémoire, à Londres, sur leurs recherches dans la région du Montgenèvre. 1929 : Masini, de la Société Géologique Italienne, décrit les roches vertes des environs de Cesana Torinese 1953 : Marc Vuagnat publie un article sur les ophisphérites du col du Chenaillet. 1957 – 1964 : MM Lemoine et Debelmas citent le massif du Montgenèvre dans de nombreuses publications. Depuis de nombreux chercheurs se penchent sur ces hauts sommets qui, avec l'avènement de la théorie de la Tectonique des plaques, et suite aux observations sous marines directes (1973 –1974), s'avèrent être des écailles de croûte océanique fossile. Le massif ophiolitique du Chenaillet est un lambeau fossile de l'ancien fond océanique alpin. À la faveur des charriages alpins, un « scalp » océanique a été transporté et se retrouve aujourd'hui incorporé dans les massifs alpins. On y retrouve la trilogie caractéristique décrite dans les fonds océaniques actuels : du manteau hydraté transformé en serpentinite, des gabbros (roches plutoniques entièrement cristallisées), des basaltes (roches volcaniques). Les sédiments qui reposaient sur ce fond océanique ont été décapés par l'érosion. On en trouve quelques vestiges à l'ouest du massif, au rocher de la Perdrix. Il s'agit de radiolarites, sédiments siliceux résultant de l'accumulation de squelettes de radiolaires (micro-organismes planctoniques), surmontés par des calcaires blancs à calpionelles (micro-organismes planctoniques) légèrement métamorphiques. Viennent ensuite des calcaires roux, des schistes noirs et des calcshistes (secteur des Anges). Les premiers sédiments déposés (radiolarites) permettent de dater la naissance du fond océanique alpin, au Jurassique supérieur. Gabbros et basaltes résultent du refroidissement d'un magma issu de la fusion partielle du manteau péridotitique sous-jacent. On explique la structure de ces roches (cristallisées pour le gabbro, pâteuse pour le basalte) par la vitesse de refroidissement : lente pour le gabbro, rapide pour le basalte. Pourquoi ce massif est-il emblématique ? Il représente une portion obduite du fond océanique alpin, c'est-à-dire n'ayant subi aucune histoire post-océanique. Il n'a pas été impliqué dans la subduction ni affecté significativement par la collision ! De ce fait, les formes sont intactes et les transformations subies par les roches au cours de leur histoire océanique entièrement préservées. Ainsi, on peut lire sur les gabbros, les transformations hydrothermales que subissent toutes les roches océaniques et que l'on retrouve dans les océans actuels. Par comparaison avec les océans actuels, il témoigne du fonctionnement d'une dorsale de type lent (cf. océan atlantique actuel). Sur le plan esthétique, la falaise du Collet Vert est un joyau géologique : on peut voir à l'air libre, sur un écran de plusieurs milliers de mètres carrés, ce que les géologues qui plongent dans les océans actuels découvrent dans le faisceau de leurs projecteurs. Aller plus loin… avec et dans le massif L'étude attentive de l'ophiolite permet d'évoquer le type de dorsale à laquelle on peut faire référence. En effet, la série sédimentaire supra ophiolitique du Rocher de la Perdrix recèle pas mal de surprises, elle n'appartient pas au Chenaillet sensu stricto, mais à une autre nappe ophiolitique, celle de la Replatte - Lago Nero ! Enfin, de nombreux sujets sont abordables sur le terrain : - métamorphisme océanique ou alpin, - relations déformations - métamorphisme, - hydrothermalisme généralisé, - signification de la présence d'une caisse filonienne de plagiogranite dans le manteau supérieur lithosphérique - cristallisation fractionnée / différenciation magmatique, - déformations différentielles dans les sédiments supra ophiolitiques, - observation de cheminées volcaniques, - observation de plusieurs générations de déformations superposées S1 S2 S3 ! Il faut ajouter à tout cela la possibilité de mener une stratégie pédagogique certes classique mais bien "balisée" : - la présentation de l'objet et les questions afférentes à celui - ci, - la récolte de données de terrain, - la confrontation avec un modèle, - la nécessité de faire appel à un autre modèle, - la recherche sur le terrain d'objets susceptibles de valider ce nouveau modèle… objets que l'on ne trouve que si on les cherche ! De même, sur le plan pédagogique, il est intéressant de comparer les différentes façons d'aborder le terrain "Chenaillet" selon le niveau des stagiaires : Première S, Terminale S, Post-bac. |