Le film "2012" passé au crible de la science


Quelle est la solidité des bases scientifiques du film catastrophe de Roland Emmerich, 2012 ? Après son dossier sur la fin du monde dans son numéro de novembre, le magazine Sciences et Avenir a invité un volcanologue et un physicien à voir ce film.


Rappelons l'enchaînement catastrophique qui menace la Terre. Pour une raison inconnue, le Soleil se met à émettre plus de neutrinos (particules émises lors de la fusion des atomes légers dans son cœur, qui traversent habituellement la Terre sans encombre), et ceux-ci se transforment en rayonnement micro-onde, réchauffant le cœur de la Terre. Le magma remonte alors violemment, déclenchant éruptions volcaniques, séismes, tsunamis…

 

 

La transformation des neutrinos en micro-onde (Michel Cribier du CEA)

Il n'y a pas de preuve de corrélation entre le nombre de taches solaires (dépendant de l'activité interne du Soleil), et le flux de neutrinos (observé en surface et lié à des mouvements de convection).

Les particules ne se transforment pas en rayonnement. Seule une particule hypothétique, l'axion, pourrait se transformer en photon en présence de forts champs magnétiques, mais cette théorie n'est pas vérifiée.

 

Le volcanisme (Anthony Finizola, institut de Physique du Globe de Paris)

Yellowstone : dans le film, la catastrophe débute à Yellowstone, ce qui est étonnant car le magma devrait logiquement emprunter les canaux déjà ouverts (Hawaii ou la Réunion, par exemple). De plus, elle est précédée d'un bombement de 10 km2, insuffisant pour expliquer l'ampleur des événements suivants.

D'autre part, on assiste à l'ouverture d'une faille gigantesque, témoin d'un mouvement extensif n'ayant rien à voir avec une remontée de magma. Celle-ci aurait du créer un réseau de fractures concentriques en compression.

L'éruption volcanique du film est du type du Mont St Helens de 1980 (volcanisme explosif). Or, si l'intérieur de la Terre est si chaud (1700 °C comme évoqué), la lave devrait être très fluide et s'épancher sur les pentes du volcan.

Les bombes volcaniques devraient par ailleurs tomber verticalement et non en rase-motte car certainement projetées très haut par l'éruption.

Par contre, le geyser laisse d'abord échapper une grande quantité de vapeur, ce qui est exact !

 

Les tsunamis

Plusieurs tsunamis frappent les côtes chinoises et indiennes. Ceux-ci sont toujours générés par un séisme, conséquence de la tectonique des plaques. Cela suppose que la lithosphère garde sa rigidité et accumule par frottement des contraintes pour les relâcher brutalement lors des séismes. Or, dans le film, tout indique (basculement de la marge des continents) qu'à cause de la chaleur du noyau les continents sont réduits et ont perdu leur rigidité en surface et donc en profondeur, ce qui rend les séismes improbables.

 

Un dérèglement du noyau

Et si le noyau terrestre se mettait à chauffer des manière extravagante ?

Le transfert de chaleur prendrait quelques dizaines de millions d'années, car les roches du manteau sont de mauvaises conductrices de la chaleur. La température du noyau est estimée à 5 000 °C. Si elle s'emballe, le manteau deviendrait bien plus fluide et les mouvements de convection en son sein (moteur de la tectonique des plaques) accéléreraient. Ainsi, dans le film, la Chine est déplacée de 2 500 km en 3 ans ! cette température excessive réduirait aussi la partie cassante de la croûte. Il y aurait baisse puis cessation des séismes profonds et seuls les superficiels persisteraient.

 

 

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