|
Un os de dinosaure remet en cause la dérive des continents (30/8/08) L'étude attentive d'un cubitus de dinosaure, découvert en Australie et vieux d'environ 110 Ma, par une équipe de scientifiques américains, argentins et australiens a permis de montrer que cet os présente des similitudes avec ceux appartenant à des mégaraptors de Patagonie. Selon les chercheurs, cela montre que les dinosaures du début du Crétacé (il y a plus de 100 Ma) pouvaient circuler entre l'Australie et l'Argentine, via l'Antarctique, sur le super-continent baptisé Gondwana. Alors que les rares restes de grands sauriens mis au jour en Australie montraient plutôt des similitudes avec leurs équivalents asiatiques, laissant plutôt penser jusqu'à présent que l'île-continent et sa faune étaient restées isolées très longtemps. L’observation attentive a montré que ce cubitus long de 19 cm est très similaire à ceux de Megaraptor namunhuaiquii, découvert en Patagonie, dans le sud de l'Argentine, en 1998. Le dinosaure sud-américain, carnivore, mesurait 7 à 9 mètres de long, était haut de 4 mètres et pesait environ 1,5 tonne. Surtout, il avait la particularité d'être doté de très grandes pattes avant, et de doigts se terminant par une grande griffe en forme de faucille. Son avant-bras, très caractéristique, a permis de faire le lien avec le dinosaure australien, par ailleurs deux fois plus petit que son cousin. A l'époque où circulaient les mégaraptors, les terres émergées se divisaient en deux grands ensembles. Dans l'hémisphère Nord, l'Amérique du Nord et l'Eurasie formaient la Laurasie. Dans l'hémisphère Sud, le Gondwana regroupait l'Amérique du Sud, l'Afrique, l'Antarctique, l'Australie et l'Inde. Ces deux masses terrestres résultaient de la séparation, commencée il y a 200 millions d'années, d'une superstructure continentale, la Pangée. "Cette histoire mouvementée des continents a été reconstituée à l'aide d'observations géologiques, paléoclimatiques et paléontologiques, notamment en s'appuyant sur les restes de dinosaures", explique Philippe Taquet, professeur au Muséum national d'histoire naturelle. Les spécialistes estiment que le Gondwana a commencé à se disloquer il y a 150 Ma. L'Australie et l'Antarctique, l'Inde et Madagascar sont restés liés et ont formé un premier bloc. L'Afrique et l'Amérique du Sud en ont formé un second. "Si les auteurs de l'étude de l'os de dinosaure ont raison, cela veut dire que des liens terrestres ont perduré un certain temps entre ces deux blocs", précise le paléontologue. Mais il faudra trouver d'autres restes pour confirmer cette hypothèse, qui ne repose, pour l'instant, que sur un seul fossile. Christiane Galus, le Monde.fr |